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par Johnny Boy |
Le précieux sésame !!! |
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| DE LA DIFFICULTE
DE VOIR UN FILM PENDANT LE FESTIVAL
A
quelques jours de l’ouverture du festival de Cannes, j’apprends que Martin
Scorsese arrive à Cannes avec un film sur le cinéma italien.
C’est décidé, j’y serai aussi ! Un
petit tour dans l’agenda de Première. Mercredi 16 Mai, IL MIO
VIAGGIO IN ITALIA de Martin Scorsese. Il me faut une place !!
Pendant
une semaine, Eric me dit qu’il ne peut rien faire jusqu'à mercredi,
les places sont délivrées au jour le jour, c’est à
95 % sûr, alors la disserte faut la faire…Je lui envoie lundi et
mercredi je vais à Cannes voir Lynch en attendant son coup de fil
pour le Scorsese.
15 : 00, je sors du palais, pas de téléphone, je me suis faite arnaquée. Je rentre chez moi à une heure de Cannes. 16 : 00 téléphone.
Ah
?!? Demi tour je fonce sur Cannes à 140km/h, je me gare dans le
parking le plus cher du monde (pas le temps), je fonce voir son copain
(a gauche des marches), il me file l’enveloppe : la place pour Scorsese.
Je me pointe en bas pour entrer dans le marche du film, le film est tout en haut dans deux heures et ils me font poireauter en bas pendant que les accrédités me passent devant. Lorsqu’il me laisse rentrer, j’arrive dans la queue en dernière (alors que j’attends déjà depuis une heure et demie). 7h-5 la presse rentre, d’un coup il sort des journalistes de partout, ils me passent tous devant, ils n’ont même pas fait la queue !!! Finalement le public rentre, il doit rester 50 places libres la dedans. Le gardien baisse la barrière, j’étais juste arrivée devant lui.
Il
hésite.
Finalement, c’est ok, on rentre et on s’assoit par terre. Quelle chemin de croix !! On reconnaît quelques personnalités
dans la salle : Francesco Rosi, Faye Dunaway.
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IL
MIO VIAGGIO IN ITALIA
Le film peut commencer… on voit un montage de films célèbres Paisà, Roma,città aperta (Rome, Ville Ouverte), Sciuscià, Ladri di biciclette (le voleur de bicyclette), puis on reconnaît la voix familière, Scorsese (qui prononce parfaitement l’italien) nous raconte ses émotions en voyant ses grands-parents, ses voisins de l’immeuble sicilien d’Elisabeth Street dans Little Italy pleurer devant les films néoréalistes qui passaient en VO le vendredi soir. C’est là, dit-il, qu’il a compris que ses origines étaient en Italie, qu’il a compris que ces films signifiaient vraiment quelque chose pour ces italiens déracinés. Ils revoyaient leur pays, dévasté par la guerre, ils réentendaient leur dialecte « ils comprenaient les habitants du village mais pas les acteurs qui jouaient les soldats et interprètes américains ». L’épisode préférée de sa famille et de ses voisins était celui de la Sicile au début de Paisà de Rossellini, c’était chez eux. C’est l’occasion pour moi de découvrir des extraits de ce film qui retrace en six sketches la libération de l’Italie par les soldats américains qui remontèrent l’Italie après avoir débarqué en Sicile. Scorsese, filmé sur le toit d’un immeuble de Little Italy, en noir et blanc, raconte que s’il aimait le western, ses happy end, son monde imaginaire (ceux de Roy Rogers et de son cheval Trigger), ces films italiens lui faisait découvrir le monde (lui qui n’était jamais sorti de sa rue, son école et son église), un monde réel. Mais surtout, il apprit de nouvelles valeurs, d’autres intérêts que les films américains, Rossellini parlait du sacrifice, du pardon, de la compassion… Commence alors une étude approfondie des œuvres de ces réalisateurs qui ont petit à petit changé sa vie, et finalement son cinéma. « mon cinéma ne serait pas le même si je n’avais pas subi la double influence de Hollywood et du néo-réalisme » dit-il. |
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Rossellini
d’abord, le premier néo-réaliste, dès 1945 avec Rome,
ville ouverte, puis Allemagne année zéro, Paisà.
Puis Rossellini évolue vers un cinéma moins réel,
plus spirituel avec Stromboli, Le Miracle (scénario
de Fellini), Voyage en Italie. On découvre des extraits de
tous ces films commentés par Scorsese qui nous livre, mêlés,
ses réaction d’enfant (devant un passage où tout le monde
riait d’un cocu humilié dans la rue, le jeune Scorsese restait pensif
jusqu’au jour où « mon grand frère m’a expliqué
») et ses analyses d’étudiant en cinéma, de spectateur
endurci et de futur réalisateur. Arrive
Vittorio De Sica et ses films néoréalistes, Le voleur
de bicyclette, Umberto D, Le toit… (On voit encore des
extrais commentés de ces films tellement bien choisis et montés
que l’on pleure au bout d’un quart d’heure d’extrait !)
Scorsese, après avoir beaucoup parlé de ce mouvement « Rossellini et De Sica ne se sont pas mis ici autour d’un café en disant on va faire le néoréalisme, ils ont subi les conséquences de la guerre et ont ressenti l’urgence de filmer » nous annonce la suite, les divergences empruntés par ces deux réalisateurs. Rossellini de son côté tourne Voyage en Italie tandis que De Sica réalise des comédies comme l’Or de Naples. Extrait à nouveau, on peine à suivre lorsque Scorsese lance « j’étais mort de rire à ce moment ». Le public n’a rien vu, personne n’a ri, on le prendrait pour un fou si il nous repassait pas l’extrait avec un arrêt sur image pour saisir la subtilité de la scène lorsqu’un homme qui menace de se suicider vérifie avant de passer à l’acte que ses amis arriveront à temps pour le sauver. |
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Sur
ce, c’est la fin de la première partie, plein de gens sont déjà
partis, j’ai maintenant un fauteuil, et j’attends, en regardant De Fina
de loin, que la séance reprenne.
Bilan de cette première partie, Umberto D et Paisà m’ont beaucoup émue et Scorsese est très drôle. En fait, le ton est très différent de Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain. Ici, Scorsese nous parle beaucoup plus subjectivement des films qui l’ont touché et se soucie moins de réhabiliter des réalisateurs ou de faire redécouvrir des films oubliés accordant à chaque film un trop court extrait. Il parle de peu de metteur en scène, mais traite longuement leur œuvre à travers l’étude, détaillée, de quelques films. On sent bien qu’un tel Voyage, avec un tel guide, pourrait durer des heures… |
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Let’s
go, la deuxième partie commence sur Visconti « pour comprendre
la différence entre Rossellini, De Sica et Visconti, il faut connaître
son enfance. Visconti était un aristocrate, il n’a jamais eu à
travailler… ». OK on a compris, maintenant c’est aristocratie et
costumes flamboyants. Extrait commenté (l’extrait commenté
est maintenant en passe de devenir un genre cinématographique autonome)
de Senso (exclusivement) par Marty (qui voit tout, impressionnant
!) et dit du film « c’est sur, si Stendhal avait eu une caméra,
il aurait commencé un de ses romans comme ça » en montrant
l’ouverture du film dans l’opéra.
Puis, les dérivations prises depuis le néo-réalisme se diversifie encore. Apparaît Fellini et ses Vitelloni (qui influencèrent Mean Streets dit-il) et sa Dolce Vita, avec le fidèle alter ego de l’auteur, Marcello Mastroianni, sur la décadence de la jet set romaine. Ensuite, ensuite, on n’y reviendra… Entre deux réalisateurs novateurs, Fellini et Antonioni, qui réalisèrent respectivement La Dolce Vita et L’Avventura en 1960, Scorsese évoque tous les films qui révolutionnaires le cinéma à cette même période aux quatre coins du globe de A bout de souffle de Godard à Shadows de Cassavetes en passant par Glauber Rocha et Nagisa Oshima. Antonioni est le cas d’étude suivant avec L’Avventura (Scorsese se souvient que lorsqu’il faisait ses études de cinéma, ses amis et lui se disputaient pour choisir le meilleur film entre La Dolce Vita et l’Avventura). Après de longs extraits du film d’Antonioni, Scorsese évoque sa trilogie du couple qui continue avec la Nuit et l’Eclipse (extrait) avec Delon. Ces deux films sont longuement analysés et vous font regretter de ne pas avoir amené un dictaphone pour revoir ça tranquillement. Finalement, comme promis, on y revient. Scorsese introduit un de ses films préférés, 8½ de Fellini, sur les doutes du metteur en scène Guido/Mastroianni /Fellini, un film qui a changé sa vie de futur metteur en scène. Après un extrait copieux, longuement et librement adapté, le générique défile sur la musique de Nino Rota Scorsese prend juste le temps de nous prévenir, cela n’était qu’un début, en fait, « je travaille actuellement sur la suite qui commencera à l’époque où je deviens moi-même réalisateur et découvre les films de Bertolucci… ». Rendez-vous dans deux ans. La musique de 8½ continue sur le générique, les gens sortent, (on est foutu dehors car Mulholand Drive de David Lynch va commencer). |
Senso de Luchino Visconti
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On
sort avec des milliards d’images dans la tête, des films somptueux
que l’on a jamais vu aussi bien, tous parfaitement restaurés, montrés
en VO… En plus, on n’a pas l’occasion tous les jours de les voir sur grand
écran. En redescendant, j’entends les gens comparer IL MIO VIAGGIO…
avec HISTOIRE(S) DU CINEMA de Godard. Autant vous le dire tout de
suite, ça n’a rien à voir, autant Godard présente
une relecture en image de l’histoire du siècle, juxtaposant images
de films et tableaux sans citer réalisateurs peintres ou titre de
film, autant Scorsese essaye de transmettre et partager son amour du cinéma
avec des gens qui n’auraient pas encore eu l’occasion de découvrir
ce cinéma italien. Leur démarche, autant que leurs objectifs
sont très différents. En fait, avant la projection, Francesco
Rosi nous a averti, Scorsese, en 4h05 a cité tous les noms des personnalités
qu'ont fait le cinéma italien (producteurs, scénaristes,
acteurs et réalisateurs essentiels).
Parce que tout finit bien, j’ai
réussi a voir le film et Eric a eu 13 à sa dissertation…
Johnnyboy
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