IL MIO VIAGGIO IN ITALIA

 
AVENTURES CANNOISES :

par Johnny Boy


Le précieux sésame !!! 
DE LA DIFFICULTE DE VOIR UN FILM PENDANT LE FESTIVAL
A quelques jours de l’ouverture du festival de Cannes, j’apprends que Martin Scorsese arrive à Cannes avec un film sur le cinéma italien. C’est décidé, j’y serai aussi ! Un petit tour dans l’agenda de Première. Mercredi 16 Mai, IL MIO VIAGGIO IN ITALIA  de Martin Scorsese. Il me faut une place !!
- Allô Pascal, t’as des places pour Cannes cette année ?
- Oui, j’allais t’appeler, j’en ai pour Sean Penn, Olmi, Lynch, Corsini, Coen, De Oliveira (j’ai vu tout ce qu’il m’a donné…).
- Et Scorsese, mercredi 16 ??
- C’est quoi ?
- La séance spéciale.
- Non j’ai pas de séance spéciale.
Après des essais auprès de plusieurs connaissances de connaissances du frère de l’oncle qui..,  le téléphone sonne : 
- Allô.
- Tu peux me faire la disserte de français sur la Chartreuse de Parme ? (ça c’est chi..t) 
- Tu sais je travaille sur l’histoire du cinéma, Stendhal je l’ai lu y a longtemps et…
- Please, juste pour avoir 8.
- Bon je te ferai un plan détaillé, c’est tout.
- Tu feras ce que tu pourras… please. Et je te remercierai, pour celui là et celui de l’autre fois
- Ah ouais, me remercier ?
- J’ai un ami qui bosse à Cannes et..
(là je le snobe) 
- j’en ai plein des places, je veux voir le Scorsese, mercredi 16 à 18 heures, c’est tout.
- Ok
Je raccroche.
Pendant une semaine, Eric me dit qu’il ne peut rien faire jusqu'à mercredi, les places sont délivrées au jour le jour, c’est à 95 % sûr, alors la disserte faut la faire…Je lui envoie lundi et mercredi je vais à Cannes voir Lynch en attendant son coup de fil pour le Scorsese.
15 : 00, je sors du palais, pas de téléphone, je me suis faite arnaquée.
Je rentre chez moi à une heure de Cannes.
16 : 00 téléphone.
- C’est Eric. Mon copain a une place. Il faut que tu sois à Cannes dans 45 minutes.
Ah ?!? Demi tour je fonce sur Cannes à 140km/h, je me gare dans le parking le plus cher du monde (pas le temps), je fonce voir son copain (a gauche des marches), il me file l’enveloppe : la place pour Scorsese.
Je me pointe en bas pour entrer dans le marche du film, le film est tout en haut dans deux heures et ils me font poireauter en bas pendant que les accrédités me passent devant.
Lorsqu’il me laisse rentrer, j’arrive dans la queue en dernière (alors que j’attends déjà depuis une heure et demie).
7h-5 la presse rentre, d’un coup il sort des journalistes de partout, ils me passent tous devant, ils n’ont même pas fait la queue !!!
Finalement le public rentre, il doit rester 50 places libres la dedans. Le gardien baisse la barrière, j’étais juste arrivée devant lui. 
- C’est plein. 
- Monsieur, on attend quand les gens sortiront, on rentre à leur place 
- Non, ça dérange 
- On s’assoit par terre.
Il hésite.
Finalement, c’est ok, on rentre et on s’assoit par terre.
Quelle chemin de croix !!

On reconnaît quelques personnalités dans la salle : Francesco Rosi, Faye Dunaway.
Puis entrent Kent Jones, Barbara De Fina qui nous présentent ce film que Scorsese a fait en pensant aux jeunes qui découvrent le cinéma. Si il savait, lui qui est coincé à New York par son prochain film, que les vieux journalistes prennent la place de ceux qui sont là pour apprendre !! enfin, j’y suis, assise entre deux rangées, devant un mec qui m’a dit qu’il partirait sans doute dans une heure (il a tort mais il me filera son fauteuil.)

 


L'affiche du Voleur de Bicyclette
de Vittorio de Sica
 


Sciuscià de Vittorio de Sica
 

Rossellini en tournage en 1964
IL MIO VIAGGIO IN ITALIA
Le film peut commencer… on voit un montage de films célèbres Paisà, Roma,città aperta (Rome, Ville Ouverte), Sciuscià, Ladri di biciclette (le voleur de bicyclette), puis on reconnaît la voix familière, Scorsese (qui prononce parfaitement l’italien) nous raconte ses émotions en voyant ses grands-parents, ses voisins de l’immeuble sicilien d’Elisabeth Street dans Little Italy pleurer devant les films néoréalistes qui passaient en VO le vendredi soir.
C’est là, dit-il, qu’il a compris que ses origines étaient en Italie, qu’il a compris que ces films signifiaient vraiment quelque chose pour ces italiens déracinés. 
Ils revoyaient leur pays, dévasté par la guerre, ils réentendaient leur dialecte « ils comprenaient les habitants du village mais pas les acteurs qui jouaient les soldats et interprètes américains ». L’épisode préférée de sa famille et de ses voisins était celui de la Sicile au début de Paisà de Rossellini, c’était chez eux. C’est l’occasion pour moi de découvrir des extraits de ce film qui retrace en six sketches la libération de l’Italie par les soldats américains qui remontèrent l’Italie après avoir débarqué en Sicile.
Scorsese, filmé sur le toit d’un immeuble de Little Italy, en noir et blanc, raconte que s’il aimait le western, ses happy end, son monde imaginaire (ceux de Roy Rogers et de son cheval Trigger), ces films italiens lui faisait découvrir le monde (lui qui n’était jamais sorti de sa rue, son école et son église), un monde réel. Mais surtout, il apprit de nouvelles valeurs, d’autres intérêts que les films américains, Rossellini parlait du sacrifice, du pardon, de la compassion…
Commence alors une étude approfondie des œuvres de ces réalisateurs qui ont petit à petit changé sa vie, et finalement son cinéma. « mon cinéma ne serait pas le même si je n’avais pas subi la double influence de Hollywood et du néo-réalisme » dit-il.
Rossellini d’abord, le premier néo-réaliste, dès 1945 avec Rome, ville ouverte, puis Allemagne année zéro, Paisà. Puis Rossellini évolue vers un cinéma moins réel, plus spirituel avec Stromboli, Le Miracle (scénario de Fellini), Voyage en Italie. On découvre des extraits de tous ces films commentés par Scorsese qui nous livre, mêlés, ses réaction d’enfant (devant un passage où tout le monde riait d’un cocu humilié dans la rue, le jeune Scorsese restait pensif jusqu’au jour où « mon grand frère m’a expliqué ») et ses analyses d’étudiant en cinéma, de spectateur endurci et de futur réalisateur. Arrive Vittorio De Sica et ses films néoréalistes, Le voleur de bicyclette, Umberto D, Le toit… (On voit encore des extrais commentés de ces films tellement bien choisis et montés que l’on pleure au bout d’un quart d’heure d’extrait !)
Scorsese, après avoir beaucoup parlé de ce mouvement  « Rossellini et De Sica ne se sont pas mis ici autour d’un café en disant on va faire le néoréalisme, ils ont subi les conséquences de la guerre et ont ressenti l’urgence de filmer » nous annonce la suite, les divergences empruntés par ces deux réalisateurs. Rossellini de son côté tourne Voyage en Italie tandis que De Sica réalise des comédies comme l’Or de Naples. Extrait à nouveau, on peine à suivre lorsque Scorsese lance « j’étais mort de rire à ce moment ». Le public n’a rien vu, personne n’a ri, on le prendrait pour un fou si il nous repassait pas l’extrait avec un arrêt sur image pour saisir la subtilité de la scène lorsqu’un homme qui menace de se suicider vérifie avant de passer à l’acte que ses amis arriveront à temps pour le sauver.
Sur ce, c’est la fin de la première partie, plein de gens sont déjà partis, j’ai maintenant un fauteuil, et j’attends, en regardant De Fina de loin, que la séance reprenne.
Bilan de cette première partie, Umberto D et Paisà m’ont beaucoup émue et Scorsese est très drôle. En fait, le ton est très différent de Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain. Ici, Scorsese nous parle beaucoup plus subjectivement des films qui l’ont touché et se soucie moins de réhabiliter des réalisateurs ou de faire redécouvrir des films oubliés accordant à chaque film un trop court extrait. Il parle de peu de metteur en scène, mais traite longuement leur œuvre à travers l’étude, détaillée, de quelques films. On sent bien qu’un tel Voyage, avec un tel guide, pourrait durer des heures…
 Let’s go, la deuxième partie commence sur Visconti « pour comprendre la différence entre Rossellini, De Sica et Visconti, il faut connaître son enfance. Visconti était un aristocrate, il n’a jamais eu à travailler… ». OK on a compris, maintenant c’est aristocratie et costumes flamboyants. Extrait commenté (l’extrait commenté est maintenant en passe de devenir un genre cinématographique autonome) de Senso (exclusivement) par Marty (qui voit tout, impressionnant !) et dit du film « c’est sur, si Stendhal avait eu une caméra, il aurait commencé un de ses romans comme ça » en montrant l’ouverture du film dans l’opéra.
Puis, les dérivations prises depuis le néo-réalisme se diversifie encore. Apparaît Fellini et ses Vitelloni (qui influencèrent Mean Streets dit-il) et sa Dolce Vita, avec le fidèle alter ego de l’auteur, Marcello Mastroianni, sur la décadence de la jet set romaine. Ensuite, ensuite, on n’y reviendra…
Entre deux réalisateurs novateurs, Fellini et Antonioni, qui réalisèrent respectivement La Dolce Vita et L’Avventura en 1960, Scorsese évoque tous les films qui révolutionnaires le cinéma à cette même période aux quatre coins du globe de A bout de souffle de Godard à Shadows de Cassavetes en passant par Glauber Rocha et Nagisa Oshima.
Antonioni est le cas d’étude suivant avec L’Avventura (Scorsese se souvient que lorsqu’il faisait ses études de cinéma, ses amis et lui se disputaient pour choisir le meilleur film entre La Dolce Vita et l’Avventura). Après de longs extraits du film d’Antonioni, Scorsese évoque sa trilogie du couple qui continue avec la Nuit et l’Eclipse (extrait) avec Delon. Ces deux films sont longuement analysés et vous font regretter de ne pas avoir amené un dictaphone pour revoir ça tranquillement.
Finalement, comme promis, on y revient. Scorsese introduit un de ses films préférés, 
de Fellini, sur les doutes du metteur en scène Guido/Mastroianni /Fellini, un film qui a changé sa vie de futur metteur en scène. Après un extrait copieux, longuement et librement adapté, le générique défile sur la musique de Nino Rota
Scorsese prend juste le temps de nous prévenir, cela n’était qu’un début, en fait, « je travaille actuellement sur la suite qui commencera à l’époque où je deviens moi-même réalisateur et découvre les films de Bertolucci… ». Rendez-vous dans deux ans.
La musique de continue sur le générique, les gens sortent, (on est foutu dehors car Mulholand Drive de David Lynch va commencer).

Senso de Luchino Visconti
 


L'Avventura de Michelangelo Antonioni
 


Huit et demi de Federico Fellini
 


Federico Fellini

On sort avec des milliards d’images dans la tête, des films somptueux que l’on a jamais vu aussi bien, tous parfaitement restaurés, montrés en VO… En plus, on n’a pas l’occasion tous les jours de les voir sur grand écran. En redescendant, j’entends les gens comparer IL MIO VIAGGIO… avec HISTOIRE(S) DU CINEMA de Godard. Autant vous le dire tout de suite, ça n’a rien à voir, autant Godard présente une relecture en image de l’histoire du siècle, juxtaposant images de films et tableaux sans citer réalisateurs peintres ou titre de film, autant Scorsese essaye de transmettre et partager son amour du cinéma avec des gens qui n’auraient pas encore eu l’occasion de découvrir ce cinéma italien. Leur démarche, autant que leurs objectifs sont très différents. En fait, avant la projection, Francesco Rosi nous a averti, Scorsese, en 4h05 a cité tous les noms des personnalités qu'ont fait le cinéma italien (producteurs, scénaristes, acteurs et réalisateurs essentiels).

Parce que tout finit bien, j’ai réussi a voir le film et Eric a eu 13 à sa dissertation…
Arte a promis de diffuser le film dans peu de temps, alors à bientôt.

Johnnyboy

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